Les Mandrakes d’Or : interview de Gilles Arthur

Gilles Arthur

Alors que Les Mandrakes d’Or souffleront leurs 30 bougies le 19 octobre, Gilles Arthur, son créateur, nous a accordé un entretien où il nous explique sa vision de l’événement et la raison de la longévité de cette distinction.

 

Propos recueillis par Hervé Troccaz

Quelle est la genèse des Mandrakes d’Or ?

J’ai toujours voulu mettre en avant les plus grands magiciens, les plus importants artistes dans l’art magique. Je ne parle pas d’ailleurs de magie mais bel et bien d’artistes. Je tiens à mettre en avant des personnes qui dégagent une émotion, qui réveillent notre âme d’enfant. Mon objectif était de valoriser et de révéler des artistes de talent, et de créer une dynamique autour de l’art magique, sans céder aux aprioris.

Trois décennies d’existence qui sont compilés d’ailleurs dans un ouvrage !

30 ans, c’est exceptionnel ! Des centaines de personnalités nous ont soutenu depuis le début, comme le professeur Cabrol, Michel Legrand. Cet ouvrage démontre que tout le monde aime la magie. Le livre est truffé d’anecdotes comme la suivante : lors de la première édition j’avais sollicité Jean Marais, pour être le parrain d’honneur. Le comédien a lu un poème qu’il ne connaissait pas de Jean Cocteau et a ouvert la cérémonie avec ces rimes inédites, qui lui ont permis de recevoir une standing ovation. Jean Marais est d’ailleurs revenu l’année suivante aux Mandrakes d’Or.

 

En 30 ans j’ai des dizaines d’anecdotes de ce type à raconter. C’est donc tout naturellement que Georges Proust m’a sollicité pour décrire cette formidable histoire.
Je n’ai écrit que deux livres pour adultes en 30 ans. La dernière fois c’était pour expliquer mes secrets de l’émission « Attention magie » et démontrer qu’aucun trucage vidéo n’avait été utilisé dans ce cadre.

 

Les Mandrakes d’Or ont toujours correspondu à votre vision artistique…

Je n’ai jamais cédé ni fait des compromissions. J’ai toujours eu des convictions artistiques, en harmonie avec les diffuseurs. Les Mandrakes d’or ont été diffusés aussi bien sur TF1 qu’à Arte, ce qui prouve le formidable pouvoirs d’attractivité de l’illusionnisme, quelque soit le public. Comme le rappellait Christian Fechner, le champ des possibles est très vaste. Je suis très fier de n’avoir jamais vendu mon âme. Peut-être parce que je suis un simple producteur de TV occasionnel. Les grosses productions sont obligées souvent de se plier aux exigences des diffuseurs. Mais grâce à ma liberté. je sais défendre mes convictions avec un culot parfois incroyable, ce qui me permet de garder les rênes. D’autant que je sais ce que le public attend. Je n’ai jamais renié l’ADN des Mandrakes d’Or.

Quand je réalisais l’émission Attention magie, la directrice des programmes de France 3 voulait que je produise des numéros de deux minutes, courbes d’audience à l’appui. Pourtant je lui avais fait valoir d’arguments compréhensibles. Grâce a mon pouvoir de conviction, j’ai réussi à mettre à l’antenne des numéros de six minutes, avec deux bonnes audiences à la clé, apportant par la même occasion la preuve de la justesse de mon jugement. La plupart du temps, le sens artistique ne fait pas bon ménage avec les conditions imposées par le diffuseurs. Chacun a ses impératifs et une connaissance limitée de son domaine. Je tends à aller vers l’émotion, ce qui bien sûr demeure difficilement compatible avec l’industrie de la télévision.

Comment élaborez-vous la soirée des Mandrakes d’Or ?

J’ai une énorme mémoire visuelle. Je veux que tout s’enchaîne de manière très fluide, de manière très écrite.

Je construis la soirée pour que tout soit cohérent, que tout arrive et se déroule au bon moment. Si je devais réaliser une métaphore, je dirais que je compose les Mandrakes d’Or comme un tableau avec les meilleurs peintures que j’ai à disposition, à savoir les meilleurs artistes du moment. C’est ma grande fierté. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. J’ai une véritable volonté artistique de mettre en place quelque chose de beau. C’est un événement et non pas un « défilé de magiciens ». Le public apprécie cette intégrité. À la limite, la statuette n’est qu’un accessoire par rapport à la dimension artistique que je souhaite apporter à l’événement. Les Mandrakes d’Or mettent en avant les artistes, sans notion de compétition comme contrairement à ce qui se pratique à la télévision habituellement. Sans cette notion de rivalité, les spectateurs prennent plus de plaisir.

 

Quel bilan tirez-vous au bout de trois décennies de Mandrakes d’Or ?

 

J’ai le sentiment d’avoir réussi ma mission de créer un intérêt pour le domaine de la magie. Il faut se souvenir que lors de sa création voilà 30 ans, l’illusionnisme n’était pas aussi bien considéré que d’autres disciplines comme le théâtre, le cinéma ou la chanson, c’était un art mineur. Grâce aux Mandrakes d’Or, la prestidigitation est désormais reconnue comme un art à part entière. Nous avons prouvé également avec des audiences record de près de 7 millions de spectateurs sur TF1, que la magie rassemble un grand nombre de personnes. À mon sens trop d’émissions mettent en avant les tours de magie en eux-mêmes, s’attardant sur la « force » du tour, ce qui à mon sens -eb fait de mauvaises émission. Aux Mandrakes d’Or, je ne cherche pas la performance, mais l’émotion créée. Je donne d’ailleurs en ce sens des consignes au réalisateur pour filmer l’artiste, son regard et moins se concentrer sur son tour.

Comment sélectionnez-vous les artistes récompensés ?

Nous sommes une structure associative et nous élaborons une liste des magiciens les plus remarquables aux quatre ans de la planète. Nous souhaitons composer une programmation la plus éclectique possible. Je veille à un ordre très précis de passage, pour une cohérence quand on regarde l’intégralité de l’émission. Une fois encore, il ne s’agit pas de faire un défilé d’artistes, ais de bien présenter l’univers singulier de chacun.

 

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la magie ?

 

En 30 ans, la magie a largement évolué et nous avons vu apparaître voilà une décennie nouvelle génération d’illusionnistes dans le registre est très différents, comme par exemple Fabien Olicard. Même si je n’ai pas l’approche que la même approche qu’eux, j’ai voulu les intégrer car il faut rester dans l’air du temps. Cette tendance est un véritable reflet des l’évolution de l’art magique. Afin de ne pas passer à côté de cette tendance, les Mandrakes d’Or doivent laisser une place pour ses nouveaux artistes qui correspondent à une attente.

Le site officiel des Mandrakes d’Or

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