La science de l’illusion – interview de Luc Langevin

Luc Langevin - La science de l'illusion

Avant son retour sur les scènes françaises avec son nouveau spectacle « Maintenant demain » en 2019, Luc Langevin vient de publier son premier livre chez Michel Lafon, intitulé « La science de l’illusion ». Un ouvrage où il partage sa passion pour l’illusionnisme et la science, et dresse un pont entre les deux disciplines. De l’électromagnétisme à la physique quantique, l’illusionniste démontre avec brio que les règles qui régissent le monde physique constituent une porte d’entrée fascinante vers la prestidigitation. Rencontre.

Propos recueillis par Hervé Troccaz

Comment avez-vous eu l’opportunité d’écrire ce livre ?

Cela faisait quelques années que je songeais à écrire un livre. J’attendais simplement le bon moment car j’étais toujours très occupé par mes divers spectacles et mes activités télévisuelles. C’est l’éditeur Michel Lafon qui est venu me proposer d’écrire cet ouvrage. J’ai saisi cette opportunité, car cela faisait longtemps que je voulais coucher mes idées sur papier. Au moment où j’ai accepté, je ne savais pas encore que j’allais devenir papa et peut-être que je n’aurais pas entreprise cette lourde tâche, car cela m’a demandé un surcroît de travail, pendant une période très chargée ma vie. Néanmoins je ne regrette pas du tout car « La science de l’illusion » est un ouvrage qui me ressemble !

Quel était le processus d’écriture contenu compte tenu de vos multiples activités ?

Je n’avais jamais écrit de livres, ma seule expérience en la matière était l’écriture de textes de mes spectacles. C’est un exercice très différent, qui nécessite une mécanique particulière, pour vulgariser au plus grand nombre mes idées. J’ai eu la chance de rencontrer Anna Topaloff qui m’a permis de coucher sur papier tout ce que je n’arrivais pas à formuler et à dire. Elle était une aide précieuse pour la mise en forme et le ton. L’idée était de trouver une façon personnelle d’exprimer mes idées. C’est pour cette raison que je souhaitais que les lecteurs fassent des liens avec leur propre quotidien et qu’ils s’identifient à ma personnalité. Le premier jet a été largement retravaillé, et Anna Topaloff m’a aidé à choisir l’ordre des sujets, étape par étape.

Le pronom personnel je et d’ailleurs souvent présent dans le livre !

J’avais en effet la volonté d’en faire quelque chose de personnel. Je souhaitais m’adresser à un public large, pas uniquement aux magiciens. La prestidigitation est une discipline universelle, elle doit toucher le plus grand nombre et un large public. De plus en plus de personnes s’intéressent à l’illusionnisme, grâce notamment à internet.

Pourquoi ne pas avoir accompagné « La science de l’illusion » d’illustrations ?

C’est une question que je ne me suis pas posé. L’essentiel pour moi était de rendre mes explications le plus clair possibles. Je n’ai pas senti la nécessité d’appuyer mon propos par des images, à l’exception du chapitre consacré au carré magique, qui méritait une explication en détail. Dans le même ordre d’idée, je ne souhaitais pas que le livre soit perçu comme une autobiographie, je voulais m’éloigner du récit personnel.

A plusieurs reprises vous témoignez de votre regret que les scientifiques aient du mal à toucher le grand public…

Je témoigne en effet de ma déception que dans la société dans laquelle nous vivons le discours des scientifiques n’intéresse pas le plus grand nombre. Je ne blâme pas pour autant la communauté scientifique pour cela. Je déplore en revanche, que la science, qui est un domaine passionnant, quand il est présenté avec pédagogie, soit cantonné aux recherches universitaires et des laboratoires. Le « moule » dans lequel évoluent les chercheurs et les scientifiques n’est pas propice à partager leurs connaissances au plus grand nombre. C’est pour cette raison que la science a une image « ardue », faute d’être accessible au plus grand nombre. La science n’est jamais présentée de manière ludique pour les jeunes, elle demeure toujours très sérieuse et académique. C’est d’autant plus étonnant que d’autres disciplines comme la médecine et la biologie sont traitées de manière captivante dans les grands médias. La science n’en apparaît par conséquent que plus théorique, abstraite et éloignée des réalités, alors qu’elle demeure passionnante et concerne notre quotidien !

Vous avez voulu également rendre hommage dans cet ouvrage à Emilie du Châtelet. Pourquoi ?

Quand j’ai rédigé ce passage, le mouvement pro-féministe n’avait pas encore eu lieu, il n’était pas autant médiatisé. C’est donc un hasard temporel que j’évoque ce sujet qui me tient à cœur, la place des femmes dans la société en général. Là encore, je regrette que la science soit présentée de telle manière qu’elle n’intéresse uniquement que les garçons. Or, elle gagnerait à ce que des femmes deviennent scientifiques, car le point de vue de chacun demeure déterminant et peut enrichir considérablement une discipline ! Même constat dans le domaine de la magie, trop peu de femmes sont magiciennes !

Dans votre livre La science de l’illusion vous témoigner également de votre goût pour la lenteur…

Je pense en effet qu’il demeure primordial de prendre du temps, nous y gagnons en qualité. Ainsi, rien que dans le domaine de l’illusionnisme, concevoir une illusion prend beaucoup de temps. Cela permet, en laissant place à la réflexion, de percevoir les effets négatifs, l’impossibilité parfois de mettre en œuvre des illusions. Quand un sujet est mûrement réfléchi, les idées demeurent plus claires. Cela permet de libérer toutes les perceptions, les émotions, de laisser de côté les préjugés. Dans mon cas personnel, la lenteur est devenue une nécessité de vie. J’en perçois tous les bienfaits. Mais il est vrai que j’ai mis longtemps à imposer aux autres mon propre rythme, dans un monde qui va de plus en plus vite et met en avant des valeurs comme la rapidité, la précipitation.

Pourtant, vous ne devez pas être lent avec vos multiples occupations : l’écriture du nouveau spectacle, la rédaction d’un livre, vos activités télévisuelles, ainsi que votre rôle de père…

Finalement, j’ai vécu une période très chargée, mais j’ai réussi à prendre malgré tout le temps de bien faire les choses. C’était un peu plus intense les derniers mois avec l’arrivée du bébé, mais les choses se sont calmées. La conception de mon nouveau spectacle, m’a pris près de deux ans, pour concevoir douze numéros. Au fil du temps, mon précédent spectacle était de plus en plus rodé, je l’ai joué plus de 200 fois au total. A la fin, il nécessitait moins de répétitions et par conséquent me laissait plus de temps libre pour mes autres activités !

Comme votre ami Viktor Vincent avec Le carnet du mentaliste, vous révélez plusieurs « trucs » des magiciens. N’avez-vous pas peur des critiques de vos confrères, qui pourraient vous accuser de débinage ?

J’avais déjà publié plusieurs coffrets de magie où je révélais des secrets. Et déjà à l’époque, dès leur conception, je m’étais interrogé sur la possibilité de révéler des astuces professionnelles pour le grand public. Or, je voulais concevoir des coffrets de qualité, et après consultation de plusieurs confrères, j’ai finalement décidé de révéler quelques secrets. Cela n’a engendré aucune répercussion négative, d’autant que les apprentis magiciens oublient très vite le « truc ». Je pense par ailleurs que révéler un secret ne permet que de s’émerveiller d’autant plus devant l’ingéniosité des magiciens. Parfois, les secrets sont plus intéressants que les tours de magie en eux-mêmes ! Je pense que lever le voile sur certains trucs permet de toucher encore plus le grand public, pour le pousser à s’intéresser à la magie. Certes, je suis sur une ligne de crête, mais il ne demeure pas dans mon intérêt de dévoiler toutes nos astuces, d’autant que je suis un illusionniste professionnel.

Pouvez-vous présenter plus en détail ce nouveau spectacle, « Maintenant demain » ?

J’ai tenu à ce que ce nouveau spectacle soit plus personnel. Au fil du temps, j’ai appris à générer des émotions très différentes, et cela m’enchante ! Je tiens, au-delà des effets magiques, à raconter une histoire. Mon premier spectacle m’avait permis de partager avec le public mon passé, comment j’étais devenu l’illusionniste que je suis. Avec ce deuxième spectacle, on se retrouve « maintenant » et on regarde vers « demain ». Après le succès que j’ai connu ces dernières années, je me suis demandé : « Qu’est-ce qu’on fait lorsqu’on a réalisé son rêve d’enfance et qu’on a encore la vie devant soi ? Maintenant qu’on a tout ce qu’on a toujours désiré, qu’est-ce qu’on fait demain ? ». Dans le spectacle Maintenant demain, à travers de nouvelles illusions qui mystifient, font rire et émerveillent plus que jamais, j’ai décidé de raconter ma réponse au public.

 

La Science de l’illusion, Luc Langevin, Éditions Michel Lafon, 224 pages, 18 euros 95

Site officiel de Luc Langevin

Site officiel de Michel Lafon

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